Chroniques noires et partisanes

L’ ENFANT DANS LA TAMISE de Richard Hoskins/Belfond

« Le 21 septembre 2001, le torse d’un jeune garçon noir est retrouvé dans la Tamise. Certaines mutilations sur son corps donnent à penser qu’il pourrait s’agir d’un crime rituel.

Scotland Yard décide de faire appel à Richard Hoskins, professeur de théologie à l’université de Bath. Spécialiste des religions tribales d’Afrique, Richard a longtemps vécu au Congo avec son épouse Sue. Mais, alors que tous deux pensaient s’y établir définitivement, une tragédie avait précipité leur retour. »

Avant tout, attention ce livre est un document écrit par Richard Hoskins et non un roman et décrit l’enquête de la police anglaise comme la quête de vérité de Richard Hoskins, spécialiste des religions et lui-même profondément marqué par sa propre expérience dans l’ex Congo belge où lui et sa femme connaîtront un drame familial terrible raconté dans le livre.

Alors, on a toujours un peu peur de l’inconnu, de ce que l’on ne connait pas et à la lumière de ce que j’ai appris sur le Congo comme le Nigéria, il est certain que je n’y mettrai jamais les pieds tant la lecture de ce document est éprouvante et souvent synonyme de cauchemars que je n’aurais jamais imaginés. On entend souvent que l’Afrique est en train de crever dans l’indifférence générale des occidentaux et malheureusement c’est une triste réalité, complexe, contée par un auteur pourtant amoureux de ces régions où il était parti en coopération avec sa femme en 1986.

Ce témoignage de Hoskins sur dix ans d’une enquête qui à l’époque, dix jours après le 11 septembre de sinistre mémoire, avait choqué l’Angleterre stupéfaite que des pratiques liées à la sorcellerie puissent se dérouler sur son sol au XXIème siècle, est parfois particulièrement éprouvant. L’excellent « Lagos lady » parlait de meurtres rituels de façon explosive tout en mettant en évidence la condition de la femme, celui-ci montre l’enfer que peuvent vivre les enfants sous couvert de remédier à des maux parce que si le livre suit l’affaire proprement dite, on a le droit aussi au témoignage sur d’autres sévices et meurtres commis sur des enfants pour les « guérir ». Avec un vrai talent didactique, sans alourdir son propos et le suspense l’auteur nous explique ce coin d’Afrique, les maux qui le rongent, les meurtres rituels, les sacrifices humains et la survivance du cannibalisme et c’est un vrai choc.

« L’enfant dans la Tamise » se lit comme un thriller intelligent avec ce flot de renseignements, d’informations sur les rituels, les croyances, les comportements déviants non condamnés de gens ayant souvent pignon sur rue comme sur les superstitions obscures issues des centaines de religions qui fleurissent avec leur multitude de divinités. Le tableau dressé de la république démocratique du Congo comme du Nigéria fait frémir d’effroi.

Malgré quelque faiblesses lors de passages racontant des épisodes de la vie de la famille Hoskins en Angleterre, « l’enfant dans la Tamise » s’avère être un ouvrage très dur mais réellement stupéfiant par la somme et la teneur des connaissances apportées sur les meurtres rituels et les sacrifices humains pratiqués encore de nos jours par des Eglises revivalistes qui détournent des croyances religieuses africaines en abusant de la crédulité des plus démunis.

Wollanup.

 

Une chronique très complète par Sandrine de Tête de Lecture.

 

3 Comments

  1. Sandrine

    Je suis d’accord avec tout ce que tu dis : j’ai beaucoup appris, j’ai voulu en savoir plus encore et c’est effrayant. Hoskins raconte tout ça très bien, sur le mode du thriller et parfois de l’histoire familiale (que j’ai trouvé réussi personnellement, surtout l’épisode de la mort de l’enfant, saisissant). J’espère que nos chroniques feront lire ce livre dont on a trop peu entendu parler.

    • clete

      Merci de ton petit message, j’avais beaucoup aimé ta chronique très juste et beaucoup plus complète que la mienne et je viens d’ailleurs de la mettre en lien .Je regrette aussi que l’ouvrage n’ait pas eu plus d’écho mais l’Afrique,tout le monde s’en fout un peu du moment que les Africains restent chez eux…Belle journée à toi.
      Wollanup.

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